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La Dystonie Focale du Musicien




OH LES MUSICIENS ! Vous avez 10 fois plus de chances d'en souffrir (et notamment dans le répertoire classique). La complexité de ce trouble, très handicapant, entraine souvent un diagnostic tardif et une prise en charge mal adaptée.


Qu'est ce que c'est ?


Illustration dystonie
Illustration dystonie

Les dystonies forment une famille de pathologies, correspondant à des contractions musculaires involontaires, prolongées et responsables d'une posture anormale, et/ou de mouvements répétitifs, aggravés par le mouvement des zones au voisinage de la zone atteinte. C'est une anomalie du contrôle moteur (donc composante cérébrale, et pas seulement musculo-squelettique).

Les dystonies se manifestent donc par une posture et/ou un geste anormal. (ex doigt qui se met en crochet chez les guitaristes, ou en extension chez les pianistes, on parle de "doigt en grève")







Parmi les dystonies, les dystonies focales spécifiques à une tâche se manifestent sur une partie isolée du corps et sont déclenchées par au moins une action spécifique. Cela veut dire que lorsqu'il ne joue pas, l'instrumentiste n'en souffre pas !

L'incidence est de 1-5% chez les instrumentistes, mais ce chiffre est sous estimée car le dépistage est long et peu efficace.


Il n'ya pas vraiment de douleur (seuls 9 % des patients en présentent), en revanche, elle peut affecter durablement l’aptitude du musicien à jouer à haut niveau.




Qui est touché ?


  • La dystonie de fonction toucherait 1 % des musiciens, avec une nette prédominance lors de la pratique de la musique classique. En effet, pour le jazz, les séquences d’improvisation constitueraient un facteur de prévention !


  • Les solistes sont plus touchés


  • Les hommes sont plus atteints que les femmes ;


  • L’âge moyen d’apparition est de 35 ans (environ entre 28 et 44 ans)


  • Attention, commencer un instrument après l'âge de 9 ans... peut favoriser ce genre de pathologie !


  • Les instruments à claviers et à cordes sont les plus pourvoyeurs de risque, avec une nette accentuation pour le côté ayant le plus de charge de travail.

    - Ainsi la dystonie atteint le + souvent la main droite pour les instruments à clavier et à cordes pincées,

    - alors que c’est la main gauche qui est plus touchée pour les cordes frottées. Et Parmi les instruments à cordes frottées, c'est + souvent les instruments aigus.

    - Les instrumentistes à vent peuvent également présenter une dystonie des muscles de l’embouchure.

    - Et Parmi les instruments à cordes frottées, c'est + souvent les instruments aigus.



La main droite pour les claviers et cordes pincées
La main droite pour les claviers et cordes pincées
L'embouchure pour les instruments à vent
L'embouchure pour les instruments à vent
La main gauche pour les cordes frotté
La main gauche pour les cordes frotté














Quels facteurs de risques ?



  • Considérations Mécaniques

La charge de travail de la main et des doigts, la complexité du mouvement, le degré de précision spatio-temporel et les contraintes sociales constituent autant de facteurs de risque de la dystonie du musicien.


Par exemple, la précision spatiale sensori-motrice exigée par la pratique d’un instrument semble essentielle. En effet, pour les instruments à cordes aigues, l’intervalle entre 2 notes est réduit par rapport aux cordes graves. Or, la dystonie concerne plus les violonistes que les violoncellistes.


Un traumatisme initial générant des mouvements compensatoires pour éviter la douleur a pu aussi être lié à la dystonie.

Bon à savoir, souffrir de douleurs chroniques (pour d'autres raisons) peut aussi être un facteur favorisant.


Considérations psychologiques

Le perfectionnisme et l’anxiété. (Ca vous parle? ) D'ailleurs, l’anxiété semblerait jouer un rôle dans la consolidation de la mémoire motrice de mouvements dystoniques liés aux émotions.


  • Et facteurs génétiques (..pas de chance !) renseignez vous sur les musiciens dans votre famille ?



Facteurs de risques, Lin et Hallet, 2009Des facteurs de risques multiples
Facteurs de risques, Lin et Hallet, 2009Des facteurs de risques multiples


Le diagnostic : Quand est ce qu'on sait?


Le musicien présente initialement une moins bonne dextérité lors des mouvements réalisés sur son instrument. Cela génère un jeu irrégulier (fausses notes, rythme imprécis…) qui est souvent initialement attribué à un défaut technique.

Ensuite, des tensions involontaires d’un ou plusieurs doigts sont observées.

Le musicien développe alors des mouvements compensatoires qui induisent une perception erronée du geste, jusqu’à empêcher l’instrumentiste de jouer.



Ce diagnostic est difficile à poser quand les troubles sont encore légers ou que l'instrumentiste cherche à cacher ses difficultés. Les plaintes (symoptômes) sont aussi subjectifs et pas forcément immédiatement détectables visuellement.

Il est essentiel de réaliser une analyse avec l’instrument pour identifier les mouvements parasites présents lors de la fonction.


Il existe plusieurs échelles subjectives  pour évaluer la dystonie

  • Global dystonia rating scale (GDRS)

  • Unified Dystonia Rating scale (URDS)

  • Fahn-Marsden scale (FM),

  • Arm dystonia disability scale (ADDS)

  • Tubiana et Chamagne scale (TCS)

  • Frequency of abnormal movements scale (FAM)

  • Dystonia Evaluation Scale (DES) (subjective mais à destination du patient)

Et aussi  des échelles objectives -> MIDI ou Dexterity displacement device


--> Ici, la Classification de la dystonie de fonction selon Tubiana et Chamagne.

0 = Impossibilité de jouer

1 = Joue quelques notes, puis surviennent précocement des mouvements dystoniques empêchant la poursuite du jeu

2 = Joue une courte séquence, sans rapidité et avec un doigté de compensation

3 = Joue des morceaux faciles ; certains éléments techniques sont impossibles à exécuter

4 = Jeu presque normal, sans la rapidité ni la sonorité voulue

5 = Jeu normal, reprise de concert



Est ce que je vais mourir? (Traitement, prise en charge)


--> Plusieurs approches sont proposées :


- Orthèses ergonomiques/Therapie par la contrainte (pour aider à limiter les mouvements parasites et à diminuer le tonus des muscles)


- Médicamenteux (Trihexiphenidyl, injection de toxine botulique dans les muscles.. )


- Astuces Sensitives ( ex : Gants)


- TENS


- Réentrainement au jeu ( lent +++)



Les résultats les plus encourageants semblent être obtenus lors d’une approche conjointe entre des exercices correcteurs, une approche ergonomique et une prise en charge psychologique. 



La prise en charge est pluridisciplinaire, vous n'êtes pas seul !
La prise en charge est pluridisciplinaire, vous n'êtes pas seul !

Ainsi les exercices ont-ils pour objectifs de

-corriger la posture à l’instrument, de diminuer le tonus des muscles touchés (par limitation de la vitesse et de la force lors des mouvements)

-d’améliorer la prise de conscience du trouble par l’utilisation d’un feedback visuel, ainsi qu’en améliorant la perception proprioceptive (exemple des thérapies miroirs ou mouvement imaginé avec l'instrument !)





En ce sens, l'ostéopathie et la kinésithérapie sont complémentaires et peuvent vous aider :


  • à arrêter la boucle de compensation, et soulager les tensions accumulées,

  • en vous donnant des conseils sur des exercices Main et Corps,

  • en travaillant sur des mobilisations passives

  • en réinitialisant vers la bonne gestuelle, la bonne posture,

  • en travaillant sur la proprioception, et le système neuro-sensori-moteur


Si vous êtes encore en période d'apprentissage, une bonne prise en charge pluridisciplinaire ne saurait être complète sans votre professeur de musique, bien entendu !













--> Prévention



L'apprentissage d'un instrument peut s'accompagner d'un sport pour permettre le renforcement musculaire des muscles du dos et des épaules (ces fameux dentelés ..:) ) et améliorer la stabilité proximale. Cela facilitera la coordination musculaire fine de la main. On ne joue avec ses doigts ou son poignet ou son épaule , c'est l'ENSEMBLE DEU CORPS qui joue avec l'instrument.


Enfin : Attention ! Lors d’une blessure même bénigne, il convient de traiter soigneusement la pathologie en vérifiant qu’aucune stratégie de mouvement d’évitement perdure après la guérison.




A vous de jouer !





Références :

 
 
 

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